rocky_balboa

Cela m'arrive tout le temps. Le casque sur les oreilles, l'I-Phone dans la poche, dans la rue, il y a toujours un moment où je tombe sur un morceau qui me masse un peu plus les tympans là où il faut, qui me fait froncer les sourcils et me concentrer pour m'imaginer dans la peau du mec qui chante. Variante : je pique la place du type qui tape sur sa batterie pour la donner à mon frère (mon frangin est un mec baraqué que je vois bien batteur dans mon groupe virtuel, sinon, il y aurait mon cousin à la gratte et aux choeurs).
C'est soit ça, soit je tombe sur une musique de film, et là, c'est moi l'acteur.
Et bien figurez-vous que ce matin, j'étais Rocky Balboa. Carrément. Le boxeur. Le gars qui finit toujours par avoir le droit de se reposer un peu après avoir passé un film entier à gérer sa femme qui fait la gueule (elle flippe qu'il ne se relève pas une fois envoyé au tapis), s'entraîner à la dure en partant de loin et recadrer son beau-frère alcoolique en voie de clochardisation (au final, un chic type, en fait). Rocky, c'est tout le temps le même film, mais c'est tout le temps pas si mal. La musique ? Pompeuse et solennelle à la fois. Un peu clinquante. Le thème met du temps à démarrer, il se met en jambes comme Rocky au premier round. Puis il part, déroule ses notes, confiant, jusqu'à vous refiler un vague sentiment d'invincibilité. C'est aussi simple que ça.
J'étais Rocky, ce matin, parce que le nez dans le vent glacé du boulevard, comme lui dans son sweat-shirt gris. J'étais Rocky, parce que la gagne dans les guibolles. J'étais Rocky, parce que derrière les cuivres, au milieu de la foule pressée autour du ring, ma femme et Ma Fille brandissaient une banderolle dans un ralenti interminable, ne s'inquiétant même pas au sujet du crédit en attente pour acheter la voiture dans les temps et filer tous les trois vers le sud cet été.
Trop bon, non ? Oui, sauf que.

Sauf qu'en laissant tomber à mes pieds mon peignoir en soie, j'ai VRAIMENT lu ce qu'il y avait sur la banderolle (on ne devrait jamais essayer de prendre les commandes, quand notre cerveau rêvasse).... En toutes lettres il était écrit : "GROS CONNARD D'ÉGOÏSTE, LE TRENCH QUE TU VIENS DE TE PAYER SUR INTERNET COÛTE QUATRE MENSUALITÉS DE REMBOURSEMENT DE LA VOITURE QU'ON A PAS ENCORE ACHETÉ !"

Oui, je sais. C'était une très longue banderolle.

Bon, allez. Générique.