tenga
Salut les obsédé(e)s ! (et salut à toi Ma Sublime, car je sais que tu lis ces lignes...).

Ami(e), tu te souviens de ce que je t'ai promis, au début de ce blog ? Ne rien te cacher de ma vie sexuelle, entre autres. Bon, bah on y est, comme dirait je sais plus qui.

Alors je te raconte. A l'époque, ma femme est enceinte depuis quatre ou six mois, je ne sais plus. Entre elle et moi, comme jusqu'au huitième mois juste avant le démoulage : c'est pas Rio de Janeiro tous les jours, mais c'est pas non plus la zone sécurisée de Tchernobyl. Il se passe des trucs. Et même des trucs bien.

N'empêche.

Un matin, dans ma boîte mail professionnelle, un communiqué de presse attire mon attention. Il vante un site de vente en ligne de produits "pour adultes" (mais au positionnement prétendument haut de gamme). A l'horizon, rien de très bandant, puisque la mode est depuis de longs mois au sex-toy pour femmes. La mienne possède même son petit canard violet qui vibre dans le bain (sauf qu'on a qu'une douche, hin ! hin ! hin !). Là aussi, bon alibi : elle l'a reçu au travail. Mais le pôvre n'émoustille pas grand monde, tout remisé qu'il est dans... L'armoire à médicaments - va comprendre comment il a atterri là... Si une doctissimeuse me lit... Je l'autorise à se répandre dans les commentaires.

Mais je m'égare. Le communiqué m'apprend un truc : les japonais ont mis au point le Tenga, un truc pour nous les hommes. Et ce Tenga est potentiellement mon nouvel ami. Ah ? (Je jette mon gobelet de café vide en loupant la poubelle, et je poursuis ma lecture). J'apprends que l'époque des poupées gonflables, c'est fini. Grave fini. Et que par contre, cette petite boîte qui ressemble à s'y méprendre un stick de déo se dévisse par le bas. Dedans, il y a un trou tout mou, un lubrifiant pour faire glisser, beaucoup de latex et un dédale complexe de plis et replis capables (sans piles !) de reproduire ce qui se passe - selon le modèle choisi - dans une bouche, un sexe féminin ou un autre orifice féminin qui n'est pas une bouche ni un sexe. Fichtre !

Le communiqué est formel (je le cite) : "La sensation de succion est absolument délicieuse ! Diabolique : un petit trou, situé au dessus du sex toy, permet de faire varier, en le bouchant plus ou moins, la force de l'aspiration..."

Bon allez, je te sens tout(e) fébrile, alors j'accélère : ce jouet-là, il me le fallait. Moi qui ai acheté Pif Gadget pendant des années, je retrouvais des sensations bizarres en dedans de myself. Un truc nommé... désir ? J'ai illico répondu par retour de mail que "vu la ligne éditoriale du magazine qui m'emploie, il y a peu de chances pour que je vous chronique le Tenga. Mais je veux bien l'essayer si vous en avez un en rab'". Et j'ai cliqué sur "ENVOI".

Pendant huit jours, chaque matin, comme un gosse, j'ai attendu mon petit colis.

Vu que l'ambiance est trop bonne au boulot, j'en ai causé à ma chef, à la cantine. Elle s'est marrée, on s'est marrés, et vu qu'entre le céleri rémoulade et la Danette on avait que ça à foutre, on a rebaptisé l'engin "Ginette".

tenga_cupLaquelle a fini par arriver sous pli discret. Ce jour-là, au moment où je déballe le carton, ma chef reste sur le mode "hilare". Moi, nettement moins, d'un seul coup. Parce qu'il va falloir que j'aille au bout du bout de ma démarche (ou pas). Et parce que je suis sûr que du coin de l'oeil, elle m'imagine en train de me débattre avec ce machin...

Que faire ? Hors de question de me défiler. Hors de question non plus de tester le bazar dans les chiottes du boulot. Je vais donc ramener chez moi mon aspirateur de poche Ginette (option Deep Throat, ce qui veut dire in english : Gorge Profonde).

A 20 h 30, me voilà at home. Comme j'ai mis une heure à rentrer en métro, j'ai eu le temps de préparer mon entrée en scène. Je plonge la main dans mon sac et - TSIN TSIN TSIIIIN !!! - je brandis mon trophée. Genre "Ha ! Ha ! Ha ! Ma chérie, tu ne devineras JAMAIS ce qu'on m'a envoyé au boulot !!!! Ha ! Ha ! Ha ! Je te jure, y'en a.... Pffffff... Ils doutent de rien !!!!"

Ma Douce (doux visage aux traits tirés et non maquillés de femme enceinte - mais belle quand même parce que ses yeux bleus emportent tout sur leur passage) : "Ho ? C'est quoi ?"

Moi (aisselles qui suintent) : "Hé ! Hé ! Un truc coquin pour mec ! Apparemment, tu rentres ton truc par là et... Et hop, quoi !"

Ma Douce (qui voit arriver une nouvelle lubie de débile mental de ma part) : "Et bé. Et... Tu vas l'essayer ?"

Moi (aisselles saturées, front humide) : "Rhôôôôôô bah faut voir. Faut vivre avec son temps... Chais pas, moi... Je le pose là, on verra bien. On se prend un apéro ? Tu me racontes ta journée ? T'as vu des trucs bien chez Du Pareil Au Même ?"

Et tac. Opération Ginette à la maison (étape 1) réussie.

Ginette, ceinte de son sceau en plastique garant de sa fraîcheur virginale, a d'abord été rangée sur l'étagère du bureau, bien en vue, devant mes carnets Moleskine et des guides du Routard périmés (mais que je jette pas, parce qu'on sait jamais). Et puis, va savoir pourquoi, elle s'est retrouvée un matin intercalée entre deux carnets. Un jour, elle avait "glissé" derrière mes Moleskine. Je devais être le seul à apercevoir sa petite tête ronde, car à la maison, personne n'en reparla, de Ginette. Aucun interrogatoire par surprise par-dessus mon mug de café au lait le matin, histoire que je m'étouffe, genre "Et ton truc à branlade, là, c'était comment ?". Même pas.

Et puis, le jour où Ma Sublime Douce est partie se reposer seule loin de Paris pour un long week-end, c'est curieux, j'ai repensé à la boîte à bite Ginette et je suis allé la chercher entre deux rediffs d'Un dîner presque parfait sur M6.

Comment te dire ?

Une fois la bague de garantie ôtée et le petit opercule du dessus arraché (pour faire appel d'air avec l'index, tu te souviens ?), ma Ginette Deep Throat Cup semblait, d'extérieur, conforme à la description du communiqué. J'ai vérifié manuellement, j'ai exploré : il n'y avait pas de raison pour que ça coince entre nous. Bien au contraire...

Ensuite ?

C'est comme une BMW dernière génération sur une autoroute refaite à neuf, sans radars, sans flics ni autres conducteurs. Cela va vite. C'est confortable. L'option petit toît ouvrant permet de réguler le confort à l'intérieur. Il ne fait ni trop chaud ni trop froid. On regarde à peine le paysage... Et on arrive plus vite qu'on ne le pensait à destination.

Et alors ?

Contrairement à une voiture allemande, la Ginette est à usage unique et donc sans entretien. Pas d'arrêt à la con au car wash. C'est plié en un aller simple. Destination poubelle. En descendant les escaliers dans mes pantoufles Muji pour balancer le sac aux ordures, le regard vague, le dos un peu voûté et la musculature décontractée de partout, j'ai repensé à ma brève amourette avec Ginette. Et j'ai compris pourquoi ils en vendent 100 000 par mois au Japon.

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