prison
J'aurai préféré reprendre du service sur ce blog avec de bonnes nouvelles, mais à cause de ce qui s'est passé ce week-end, vous aurez droit à l'inverse. Allons droit dans le buffet : je vais enfermer Ma Fille. Oui, vous avez bien lu. Je ne m'y attendais pas, si ça peut vous consoler. C'est la faute à la grosse caissière du Casitalia, la supérette ritale de mon quartier. Alors que Ma Sublime Partenaire et moi-même avancions la Mac Laren de Notre Magnifique Progéniture vers sa caisse, l'épaisse commerçante a commencé à roucouler. A trémoloter des cordes vocales. A remonter ses sourcils mal épilés le plus près possible de la racine de ses cheveux. Votre fille, qu'elle a de beaux yeux, qu'elle a de beaux yeux, elle répétait, délaissant le parmesan râpé et le paquet de riz arborio que je lui tendais. "T'es si mignonne que ton papa, plus tard, il va devoir t'enfermer !".
Sur le chemin du retour, silencieux, j'ai commencé à envisager la chose. C'est terrible, ce qu'elle venait de dire là. En même temps, il y avait peut-être du vrai, du vécu, là-dedans. Son père à elle l'a peut-être mise sous cloche, ou sous clé. Elle ne semblait pas en avoir trop souffert. Du coup, imaginons la chose... Quelle serait la meilleure option ? Fleury-Mérogis, Fresnes ? C'est pas trop loin de chez moi. Guantanamo ? C'est à Cuba, donc c'est bien pour les cigares. Quoique. C'est pas la porte à côté non plus. J'avoue que je ne sais plus où j'en suis, maintenant. Et quand je la regarde jouer seule dans son parc, tendant le bras à travers les barreaux en bois pour me donner sa petite souris en peluche (que je n'attrape pas, je ne peux pas pondre pour mon blog et m'occuper d'elle), je me demande si elle n'a pas déjà compris, si elle ne s'est pas résignée. J'ai l'impression d'être un geôlier. J'ai honte.